Gestion agricole en Algérie : La coopérative agricole de comptabilité et de Gestion du Haut Cheliff - Instrument de développement agricole dans un contexte daté

Ecrit par Hamid CHERFAOUI, Chercheur à l'INRAA 
"en hommage au regretté Mohamed Larbi CHERFAOUI Directeur de recherche. INRAA"



Résumé

L’expérience sur près d’un quart de siècle du suivi des exploitations agricoles relevant du secteur public par les centres de gestion nous paraît intéressante à plus d’un titre et ce, malgré le passage d’une économie administrée et / ou de commandement à celle de transition vers le marché. En effet, mis à part, la mutation au niveau du mode de gestion et du mode faire valoir au sein des exploitations agricoles relevant du secteur public, des similitudes entre l’avant et l’après transformation des domaines autogérés existent. L’éclatement puis la privatisation de la gestion de ces derniers n’excluent nullement le recours au calcul économique, au suivi comptable ainsi que la production de normes technico économiques. Les résultats du recensement général de l’agriculture de 2001 sont là pour rappeler les retards accumulés dans ce domaine et la nécessité du renouvellement de la population agricole. Cette contribution s’inscrit dans une démarche de relecture de l’expérience antérieure à l’aune de l’ouverture économique, en vue de verser certains éléments dans les fondations de la nouvelle politique de suivi du secteur agricole productif, sans aucune exclusion. 

I- Rappel historique 

La création du Centre de Gestion du Haut – Cheliff fait suite à l’étude effectuée par les Experts du Ministère français de l’agriculture à la demande du Service de la Production végétale de Ministère de l’Agriculture et de la réforme agraire (MARA) de l’Algérie. Cette mission a permis de proposer un plan de comptabilité et de gestion pour les domaines betteraviers du Haut Cheliff (note CEDA d’octobre 1966). 

L’agrément du Ministère de l’agriculture et de la réforme agraire a été accordé le 3 janvier 1967

II- Naissance & implantation des coopératives de comptabilité et de gestion 

Le centre de gestion et de comptabilité agricole du Haut Cheliff a été crée lors de l’assemblée constitutive du 15 décembre 1966. 

III- Objet 

La CACG a pour objet l’amélioration du niveau de production des domaines par la diffusion de disciplines de gestion et par le suivi de la comptabilité au niveau de la saisie d’information comme en traitement. La particularité de la CACG.HC réside sur le fait qu’elle soit un centre de gestion également. En effet, elle élabore des analyses des résultats comptables, pour aider les responsables des Domaines à mieux gérer leur exploitation grâce aux informations recueillies par la comptabilité. Le législateur a précisé l’objet de la CACG dans l’article 2 des statuts portant sa création. 

« La coopérative a pour objet de fournir à ses membres tous les services qui les aident à : 

  • Améliorer leur comptabilité au niveau de la saisie de l’information comme à celui de son traitement ; 
  • Analyser les résultats comptables ; 
  • Mieux gérer leur exploitation, c’est-à-dire, prévoir et décider à bon escient, grâce aux informations recueillies par la comptabilité ; 
  • Utiliser leurs références techniques et économiques par le développement de l’économie régionale ». 

Les collègues ayant fait parti du lancement des centres de gestion sont :

Jean Claude Karsenty. Premier responsable de la comptabilité et du financement de l’agriculture au MADR
Sadok Kessairi. Ingénieur agronome EN de l’agriculture d’Alger. Responsable de l’UR CACG d’Oran ; 
Moussa Messai. Ingénieur agronome EN de l’agriculture d’Alger. Responsable de l’UR CACG de l’Est Algérien DCFA puis DGFA 
Ait OUARAB. Comptable. Responsable du suivi de la comptabilité 
Lyes Mesli.  DGFA. Ancien ministre de l’agriculture

IV- La collecte de l’information 

Le domaine autogéré dispose de documents primaires et / ou de base sur lesquels les éléments caractérisant l’utilisation des trois principaux facteurs de production: 

– La main d’œuvre (ordinaire et qualifiée) ; 

– Le matériel (de traction et tracté) ; 

– Les produits (consommations intermédiaires). 

Sur chaque spéculation et sur chaque parcelle. Il existe un agent pour l’enregistrement de chacun de ces trois facteurs : 

– Un magasinier pour remplir des fiches de stocks décrivant les mouvements des produits ; 

– Un responsable du parc matériel « Traction et tracté » ; 

– Des pointeurs qui enregistrent l’utilisation de la main d’œuvre. 

Au niveau de l’élevage, les mêmes enregistrements ont lieu par le chargé de l’élevage avec le suivi des divers élevages : 

– Consommation des aliments (en vert, en fourrages secs, en concentré et autres…) ; 


– L’évolution du cheptel (entrées et sorties); 

– La production en lait et viande ; 

– Soins vétérinaires ;

– L’utilisation de la main d’œuvre

Ces documents primaires sont ensuite codifiés et envoyés périodiquement à la coopérative, où 

s’effectue la perforation. 

L’information ainsi retranscrite et archivée sous forme de cartes perforées pourra être exploitée autant de fois que cela apparaîtra nécessaire. 

V- Le traitement de l’information Cf. Schéma du circuit de l’information 


Il est effectué par l’ordinateur IBM 360 / 20 de l’Union régionale de Blida (qui regroupe les 

CACG du Centre nord du pays et dont dépend la CACG de Khemis Miliana). 

L’URCACG de Blida, grâce à une bonne programmation et organisation a pu tenir: 

– Les documents comptables de tous les domaines (sans exception et y compris des coopératives de la révolution agraire et des coopératives de services et ce, à partir de 1974-75) et d’autre part, 

– Des fiches technico économiques relatives aux domaines autogérés selon les zones Equipotentielles et agro climatiques de la région. Ces fiches sont à périodicité variable : Mensuelle, semestrielle ou annuelle. 

VI- Appréciation de la valeur des informations 


L’expérience sur près de deux décennies a montré que les données élaborées permettent d’établir des fiches technico- économiques d’une valeur certaine et / ou indiscutable, quant à leur exploitation en vue de toutes sortes d’investigation et d’analyse à tous les niveaux (micro, méso et macro économique), il n’en demeure pas moins que certaines réserves peuvent être émises, vis-à-vis du degré de confiance qu’on peut leur accorder. Non pas qu’il existe des faiblesses ou des inadaptations dans le dispositif, mais celui-ci a pris trop d’avance dès le départ, sur le rythme évolutif du domaine. Gap non corrigé par un politique tout azimut, en raison de considérations socio économiques. 

L’imprécision de l’enregistrement 

Au niveau du domaine autogéré, les erreurs commises par les différents agents chargés de l’enregistrement, principalement, les comptables, magasinier, pointeurs et ceux de l’élevage, notamment le chargé d’élevage ou encore ceux qui s’occupent du matériel, sont dues à des causes diverses dont les plus importantes sont : 
  • Le niveau de formation et un fort turn over des agents
  • L’instabilité des employés chargés de l’enregistrement est liée à la faible rémunération au sein des domaines autogérés ; 
  • Les domaines servaient de première expérience professionnelle pour les sortants du primaire et du secondaire puis embrasser une carrière dans des secteurs plus attractifs matériellement ; 
  • L’autre contrainte rencontrée par les domaines au niveau du recrutement se situait dans l’origine citadine des jeunes recrues. Ce qui se répercute en termes de connaissance du monde agricole. 

L’importance du domaine 


L’étendue des domaines (plus de 1500 hectares en moyenne sur le Haut Cheliff) ont rendu la tâche d’enregistrement des données très difficile, aggravée de surcroît par la méconnaissance de l’agriculture par les personnels chargés du suivi et de la transmission de l’information. 

A côté de cela, l’analphabétisme et l’illettrisme au niveau de la main d’œuvre de l’exploitation « domaine » ont rendu la tâche ardue pour le personnel chargé de l’enregistrement des informations recueillies. 

Conclusion 


Malgré la faille dans la gestion des domaines autogérés puis des domaines agricoles socialistes après 1981 et de manière générale du secteur public agricole ( en y incluant les exploitations collectives nées de la révolution agraire), nous pouvons dire que l’ouverture économique à partir des années quatre vingt dix a bénéficié de l’expérience des suivis techniques et comptables par les Centres de gestion des domaines autogérés, en particulier, dans le cadre du financement, de l’appui techniques et aux prestataires de services. 

Références bibliographiques 

SATEC. Rapport – Période du 1 er au 31 décembre 1966. Khemis- Miliana. Décembre 1966. 
Anonyme. Le périmètre irrigable du Haut Cheliff. CDR. HC / MARA. 24 pages + annexes. Khemis- Miliana. Juillet 1971. 
KELKOULI Omar. Etudes de quelques problèmes posés par la gestion des domaines autogérés du Haut – Cheliff. Mémoire de fin d’études. INA El Harrach. Juin 1971. 
CHEHAT Foued. Procès de production et procès de valorisation du capital dans l’agriculture Algérienne Cas du périmètre du Haut – Cheliff. Thèse de Magister en sciences économiques. Université d’Alger. 1985. 
DJEBBARA Madjid. Calcul économique et mise en valeur irriguée en Algérie Cas du Haut Cheliff 
Thèse de Magister en sciences agronomiques. Option Développement rural. INA El Harrach. ALGER.1985-86
CHERFAOUI Hamid : L’Elevage bovin laitier dans un périmètre de grande hydraulique. Une expérience à l’épreuve des réformes. Cas du Haut Cheliff. Mémoire de Magister en Sciences agronomiques. Option Développement Rural. Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique. Institut National Agronomique. El Harrach. Année universitaire 2006/2007.
CHERFAOUI Hamid et Hallouz Mohamed. Tarification et coût de revient du mètre cube d’eau destinée à l’agriculture Le cas de la Grande hydraulique sur le Périmètre du Haut Cheliff (ALGERIE) « Acte du Premier Séminaire national sur l’Agriculture, Environnement et Santé ». SNAS .2008 Centre Universitaire de Khemis Miliana. Institut des Sciences de la Terre et de la Nature. Laboratoire Eau, Roche et plante. 19 et 20 Avril 2008.

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